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Directive (UE) 2023/970, portails employés, reporting SIRH, seuil de 5 % : comment les DRH peuvent anticiper la transparence salariale, fiabiliser leurs données et structurer une mise en conformité opérationnelle.
Transparence salariale : la France rate le 7 juin, ce que votre SIRH doit préparer maintenant

Transparence salariale SIRH : ce que la directive européenne change vraiment pour les DRH

La transparence salariale SIRH n’est plus un sujet de communication, c’est un chantier de conformité prioritaire pour les directions des ressources humaines. La directive européenne sur la transparence salariale (directive (UE) 2023/970 du 10 mai 2023, notamment ses articles 5 à 9 sur l’information des candidats et des salariés, et les articles 10 à 16 sur le reporting et les recours) impose aux entreprises des obligations structurantes : publication de fourchettes de rémunération dans les offres d’emploi, rapports d’écarts de rémunération entre femmes et hommes, seuil de déclenchement d’actions correctrices à partir de 5 % d’écart moyen injustifié et renversement de la charge de la preuve en cas de contentieux liés à l’égalité de rémunération. Pour les DRH, le sujet dépasse la seule égalité salariale et oblige à revisiter en profondeur la politique salariale, la politique de rémunération et l’architecture SIRH qui porte ces données sensibles.

Les entreprises de plus de 250 salariés devront produire chaque année un reporting sur les écarts de rémunération salariale entre femmes et hommes, tandis que les entreprises de 100 à 249 salariés seront soumises à une fréquence triennale pour ces rapports sur les écarts de rémunérations, sous réserve des modalités exactes de transposition dans le droit français et des seuils qui seront retenus. Ces obligations de transparence salariale et de transparence des salaires s’ajoutent aux dispositifs existants sur l’égalité professionnelle et sur la lutte contre les inégalités salariales, ce qui impose une mise en conformité progressive mais structurée des SIRH. Or, selon les chiffres relayés par Public Sénat dans un dossier consacré à la transparence des rémunérations et au projet de loi français, seulement 6,2 % des entreprises disposent aujourd’hui d’un projet formalisé de mise en conformité, ce qui laisse présager une forte tension sur les projets SIRH et sur la capacité à fiabiliser les données de rémunération.

La France a déposé un projet de loi de transposition de la directive européenne, mais l’adoption avant l’échéance européenne est jugée improbable, ce qui crée une zone grise juridique pour les entreprises et leurs collaborateurs. Les DRH ne peuvent pourtant pas attendre, car le droit à l’information sur les rémunérations, le droit d’accès aux critères objectifs de rémunération et le droit d’obtenir des explications sur tout écart de rémunération deviennent des droits opposables pour les entreprises salariées. Dans ce contexte, la transparence des rémunérations et la transparence des salaires ne peuvent plus reposer sur des fichiers Excel isolés ; elles doivent être portées par un SIRH robuste, capable de tracer l’historique salarial, de consolider la masse salariale et de documenter chaque écart de rémunération avec des critères objectivés. Concrètement, cela suppose de sécuriser les référentiels de postes, de fiabiliser les données de classification et de prévoir des rapports types (par exemple un tableau croisant sexe, catégorie professionnelle, ancienneté et rémunération fixe/variable) permettant de piloter les écarts de salaires de manière régulière.

Portails employés et droit à l’information : le nouveau front de la transparence salariale

Les portails employés deviennent la vitrine concrète de la transparence salariale SIRH, là où les collaborateurs exercent leur droit à l’information sur les salaires et les rémunérations. Un portail bien conçu doit permettre à chaque salarié d’accéder à son historique salarial, de comprendre la politique salariale de l’entreprise, de visualiser les critères objectifs qui structurent la politique de rémunération et d’identifier les éventuels écarts de rémunération par rapport à des repères de marché ou à des grilles internes. Sans cette capacité d’explication, la transparence des rémunérations se retourne contre l’entreprise et alimente la défiance plutôt que la confiance, en particulier lorsque deux collaborateurs occupant des fonctions comparables constatent un écart de salaires sans pouvoir relier cet écart à des critères de travail clairement documentés.

Concrètement, les DRH doivent exiger de leur SIRH que le portail collaborateur expose clairement les critères de travail pris en compte dans les décisions de rémunération : niveau de poste, compétences clés, performance, ancienneté, mobilité, mais aussi contraintes spécifiques du travail. Ces critères doivent être documentés, tracés dans les données du SIRH et reliés à des règles de calcul explicites, afin de pouvoir justifier tout écart de rémunération ou tout écart de salaires entre collaborateurs occupant des fonctions comparables. Les éditeurs comme Lucca, PayFit, Cegid, Workday, SAP SuccessFactors ou Eurecia commencent à adapter leurs modules de rémunération et leurs portails employés pour intégrer ces exigences de transparence salariale et d’égalité professionnelle, mais les niveaux de maturité restent très hétérogènes, ce qui impose aux DRH de challenger précisément les fonctionnalités : champs disponibles dans les fiches salariés, capacité à afficher des grilles de salaires, filtres de comparaison, exports standardisés et tableaux de bord d’égalité salariale.

Les obligations de transparence salaires sur les offres d’emploi vont aussi transformer la manière dont les ATS et les portails candidats exposent les fourchettes de rémunération et les critères d’évolution. Chaque offre d’emploi devra mentionner une fourchette de salaires cohérente avec la politique de rémunération interne, ce qui impose une parfaite cohérence entre les données de masse salariale, les grilles de rémunérations et les pratiques de recrutement. Pour structurer ce dialogue, les DRH peuvent s’appuyer sur des outils de communication RH déjà éprouvés, comme une newsletter RH efficace dédiée à la transparence salariale (contenu éditorial à visée informative), qui explique les nouvelles obligations, les critères retenus et les impacts concrets sur le travail quotidien des équipes. Un cas pratique simple peut être partagé : par exemple, illustrer comment une entreprise ajuste une fourchette de rémunération pour un poste de cadre marketing après avoir constaté, via son SIRH, un écart moyen de 6 % entre les salaires des femmes et des hommes sur des fonctions équivalentes, et détailler les mesures correctrices décidées (revalorisation ciblée, gel de certaines augmentations, révision des critères de performance).

Cartographier les briques SIRH et sécuriser la mise en conformité avant la loi

Face à un projet de loi dont le calendrier politique reste incertain, les DRH qui attendent le texte définitif pour lancer leurs projets de transparence salariale SIRH prennent un risque opérationnel majeur. La priorité est de cartographier les briques SIRH existantes : module de rémunération, reporting analytique, portail collaborateurs, ATS, gestion des organigrammes et référentiels de postes, afin d’identifier où résident les données de rémunérations, les données de travail et les données d’historique salarial. Cette cartographie doit être reliée à une analyse fine des écarts de rémunération, des écarts de salaires et des écarts de rémunérations entre femmes et hommes, en intégrant les exigences de la directive européenne et les futures obligations nationales. Une checklist SIRH pragmatique peut inclure la vérification des champs obligatoires (sexe, temps de travail, classification, rémunération fixe, variable, avantages), la consolidation des historiques d’augmentations et la capacité à produire des rapports types par entité, métier, niveau de poste et tranche d’ancienneté.

Les DRH les plus avancés lancent déjà des audits d’écarts de rémunération et d’inégalités salariales à partir de leurs outils de reporting SIRH, en croisant les données de masse salariale avec les critères objectifs de classification et de performance. Ils challengent leurs éditeurs sur la capacité à produire des rapports standardisés d’égalité salariale, à tracer chaque écart de rémunération avec des explications documentées et à simuler l’impact budgétaire des corrections nécessaires sur la masse salariale globale. Dans ce travail, l’organigramme de l’entreprise devient un pivot discret mais essentiel, et un organigramme piloté dans le SIRH permet de relier chaque poste, chaque collaborateur et chaque niveau de rémunération à une structure claire. Un exemple chiffré permet de rendre ces simulations concrètes : pour une entreprise de 500 salariés, un écart moyen injustifié de 5 % sur une population de 100 cadres rémunérés 50 000 euros bruts annuels représente un budget de rattrapage immédiat de 250 000 euros, auquel s’ajoutent les effets mécaniques sur les charges sociales et les futures augmentations.

Pour embarquer les collaborateurs et éviter que la transparence des rémunérations ne soit perçue comme une menace, les DRH doivent articuler ce chantier SIRH avec une stratégie d’engagement et de communication interne structurée. Les portails employés peuvent devenir des espaces pédagogiques sur l’égalité professionnelle, l’égalité salariale et la politique de rémunération, en s’appuyant sur des contenus clairs, des FAQ et des indicateurs partagés, comme le montrent les approches décrites dans cet article à visée éditoriale sur l’engagement collaborateur via les logiciels RH. Au final, la mise en conformité ne se jouera ni dans les slides du projet de loi ni dans les RFP SIRH, mais dans la capacité des entreprises salariées à faire de la transparence salariale un usage quotidien, traçable et compréhensible par tous, porté par des portails employés qui rendent visibles les règles plutôt que les promesses. La directive (UE) 2023/970 et les ressources publiées par la Commission européenne, France Travail ou encore les analyses de Public Sénat fournissent un cadre juridique et documentaire, mais c’est bien la qualité des données SIRH, des tableaux de bord et des explications fournies aux salariés qui fera la différence sur le terrain.

Références

  • Public Sénat – Dossier sur la transparence salariale dans les entreprises et le projet de loi français, incluant les chiffres de préparation des entreprises et les débats parlementaires.
  • France Travail – Informations officielles sur les obligations de transparence et le droit à l’information des salariés, en complément des dispositifs existants sur l’égalité professionnelle.
  • Commission européenne – Texte de la directive (UE) 2023/970 sur la transparence salariale et l’égalité de rémunération entre femmes et hommes, avec un focus sur les articles relatifs au reporting, aux seuils d’écarts et aux voies de recours.
Publié le